À Vichy, les habitants parlent. Le maire décide.
Frédéric Aguilera interviewé par Dounia Lemmouchia
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Frédéric Aguilera ne manque pas d'arguments : 210 réunions de quartier, deux passages annuels dans chaque quartier avant l'élaboration budgétaire, un projet communal Agir 2035 co-construit pendant le Covid et voté à la quasi-unanimité au conseil municipal. Trente-trois ans de terrain, d'écoute, de proximité. Le tableau est cohérent.
Mais une frontière ne bouge pas : c'est toujours lui qui décide quand consulter, sur quoi, et jusqu'où. Les habitants choisissent la couleur des trottoirs et le tracé des pistes cyclables. Les grandes orientations restent du côté du maire.
Sur le parrainage présidentiel, il est explicite : "je le fais seul". Sur le RIC, il tempère : utile sur des sujets techniques et locaux, dangereux si on "interroge tout le monde sur tout". Sur la démocratie directe : "on est sur une démocratie représentative", et il assume.
Son argument de fond est peut-être le plus intéressant de l'entretien : multiplier les consultations sans vision long terme partagée ne fait que noyer le citoyen. "Avant d'interroger sur le sujet pointu technique, il faut que le politique redonne du sens à son action et reparle du long terme." Il cite les Suisses, obsédés par ce que sera Genève en 2050, et regrette que le débat politique français se soit réduit à "quand est-ce que tu bouches mon trou de trottoir". C'est une critique structurelle lucide — et qui dépasse largement Vichy.
Ce diagnostic-là, personne ne le conteste vraiment. Ce qui reste ouvert : une consultation intensive pilotée par un seul homme, aussi expérimenté soit-il, est-elle suffisante pour produire cette vision long terme ? Ou faut-il que les habitants puissent aussi en être les initiateurs ?
Ce que son discours ne dit jamais : comment un habitant pourrait, de lui-même, mettre un sujet à l'ordre du jour. Cette initiative-là semble rester au maire.
Titre et Description par Alex Jade, Captation Audio et Photo par Dounia Lemmouchia