Parler de quelque chose, c'est le rendre visible

Et si nos dénonciations nourrissaient ce que nous combattons ?

Cette question peut sembler provocatrice. Pourtant, elle est au coeur de la ligne éditoriale d'etik.media. Laissez-moi vous expliquer pourquoi nous avons fait le choix de promouvoir ce que nous aimons plutôt que de dénoncer ce que nous rejetons.

Le paradoxe de la visibilité

Parler de quelque chose, c'est lui donner une place dans l'espace mental collectif. Avant d'être nommée, une idée peut exister mais rester invisible. Le langage la rend présente, partageable, discutable. C'est un pouvoir immense.

Ce pouvoir a une face sombre que nous sous-estimons. Quand nous dénonçons le fascisme, nous parlons du fascisme. Nous lui consacrons notre énergie, notre temps d'antenne, nos colonnes. Nous invitons nos lecteurs à y penser, à s'y confronter mentalement. Paradoxalement, nous le rendons plus présent dans les esprits.

Les algorithmes des réseaux sociaux amplifient ce phénomène. Un contenu qui suscite l'indignation génère de l'engagement. Il est partagé, commenté, débattu. L'objet de notre colère gagne en visibilité à chaque clic. Nous devenons, malgré nous, les agents de propagation de ce que nous voulions combattre.

Dénoncer n'est pas agir

Il y a une autre limite à la dénonciation : elle ne propose rien. Dire que la guerre est horrible, tout le monde le sait. Et après ? Le lecteur reste avec son indignation, mais sans prise sur le réel. Il a consommé de l'émotion négative sans gagner en capacité d'action.

La dénonciation crée une illusion d'engagement. Partager un article qui s'insurge contre une injustice nous donne le sentiment d'avoir fait quelque chose. En réalité, nous avons surtout signalé notre appartenance au camp des gens bien. C'est confortable, mais c'est stérile.

Pire encore : à force de baigner dans un flux continu de dénonciations, nous développons une forme de fatigue. Le monde nous apparaît comme une succession de catastrophes contre lesquelles nous ne pouvons rien. L'impuissance devient notre état par défaut.

Rendre visible ce qui fonctionne

Chez etik.media, nous avons choisi une autre voie. Plutôt que de pointer ce qui ne va pas, nous éclairons ce qui marche. Plutôt que de dénoncer la guerre, nous rendons visibles ceux qui construisent la paix. Plutôt que de nous indigner contre l'injustice économique, nous donnons la parole à ceux qui inventent d'autres modèles.

Ce choix n'est pas de la naïveté. Nous savons que le monde va mal par endroits. Mais nous pensons que les solutions existent déjà, souvent dans l'ombre, portées par des gens qui agissent sans attendre. Notre rôle est de les rendre visibles.

Quand nous parlons d'une coopérative qui réussit, d'une initiative citoyenne qui transforme un quartier, d'une innovation sociale qui se déploie, nous faisons plusieurs choses à la fois. Nous inspirons. Nous montrons que c'est possible. Nous donnons des modèles reproductibles. Et nous offrons à nos lecteurs quelque chose de précieux : l'envie d'agir.

L'information comme semence

Chaque article que nous publions est une graine que nous plantons dans l'esprit de nos lecteurs. Nous pouvons y déposer de la colère ou de l'espoir, de l'impuissance ou des outils pour agir.

Les médias traditionnels ont fait le choix de la colère. Ça fonctionne commercialement : l'indignation fait cliquer. Mais ce modèle épuise les lecteurs et nourrit ce qu'il prétend combattre.

Nous faisons le pari inverse. Nous croyons qu'en rendant visibles les alternatives, nous leur donnons de la force. Nous croyons qu'en parlant d'amour, de coopération, de solidarité, nous les faisons exister un peu plus dans le monde.

Ce n'est pas fuir le réel. C'est choisir quel réel nous voulons amplifier.


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